Un empire marchand
Carthage n'était pas seulement une puissance militaire : sa richesse venait d'un réseau d'échanges qui allait des îles Britanniques à l'Afrique de l'Ouest, et des côtes atlantiques au Levant.

habitants selon Strabon — les historiens modernes estiment plutôt 200 000 à 400 000
livres d'argent (≈ 100 kg) par jour : le puits de Baebelo, pour Hannibal (Pline)
loges pour navires de guerre dans le port circulaire (Appien)
livres du traité d'agriculture de Magon
Les piliers de l'économie
Commerce, terres, mines et ateliers : les quatre sources de la prospérité carthaginoise.
Commerce maritime
Le cœur de la puissance carthaginoise : les routes de la Méditerranée occidentale.
- Contrôle de la route atlantique de l'étain
- Contrôle des détroits et des passages stratégiques
- Comptoirs du Maroc à la Libye, en Sicile, Sardaigne, Baléares, Espagne
- Échanges avec les Grecs, les Étrusques et les cités phéniciennes
Agriculture
Les terres fertiles de l'actuelle Tunisie faisaient de Carthage un grenier de la Méditerranée.
- Céréales, oliviers, vignes, arbres fruitiers
- Techniques décrites par Magon
- Grands domaines travaillés par une main-d’œuvre servile
- Exportation de vin, d’huile et de grain
Mines
Les mines d'Espagne fournissaient les métaux précieux indispensables.
- Argent de Carthagène et de la Sierra Morena
- Or et cuivre de la péninsule Ibérique
- Étain des « îles Cassitérides », au nord-ouest
- Financement de la guerre contre Rome
Artisanat
Des productions réputées dans tout le monde méditerranéen.
- Pourpre extraite du murex
- Construction navale en série
- Verre, céramique, orfèvrerie
- Textiles et tapis
Les routes commerciales
| Cap | Destination | Exportations | Importations |
|---|---|---|---|
| Nord | Bretagne, îles Britanniques & Gaule | Poterie, vin, textiles, bijoux | Étain, ambre, fourrures |
| Est | Phénicie & Orient | Argent, blé, huile d'olive | Encens, épices, ivoire |
| Sud | Afrique de l'Ouest & Sahara | Sel, tissus, céramique, perles de verre | Or, ivoire, animaux exotiques |
| Ouest | Espagne & Atlantique | Produits manufacturés, vin | Argent, cuivre, mercenaires, chevaux |
Les marchandises périssables (tissus, bois, aliments) ont laissé peu de traces : ces listes combinent les textes antiques et l'archéologie.
Les voyages
Élissa de Tyr à Carthage, Hannon le long de l'Afrique, Himilcon vers l'Atlantique nord : suivez les routes, puis les territoires.
Ungefähre Grenzen nach historischen Gesamtdarstellungen (Einflusszonen, keine modernen Grenzen). Kartenhintergrund: Natural Earth. Antike Orte: übliche Lokalisierungen.

Le périple d’Hannon
Soixante navires le long de la côte atlantique de l'Afrique, pour fonder des comptoirs, selon le Périple qui lui est attribué.
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Gadir, porte de l’Atlantique
Cité phénicienne alliée de Carthage : de là, Himilcon partit vers le nord, sur la route de l'étain.
Le commerce silencieux
Au-delà des Colonnes d'Hercule, les Carthaginois déposaient leurs marchandises sur la plage et se retiraient ; les habitants posaient de l'or à côté. On recommençait jusqu'à l'accord, sans jamais se parler — et sans tricher, dit Hérodote.
Source : Hérodote, Histoires, IV, 196
La pourpre et les ateliers
Héritée de Tyr, la teinture pourpre s'obtenait à partir du murex, un coquillage dont il fallait des milliers d'exemplaires pour quelques grammes de colorant. À Kerkouane, au cap Bon, des amas de coquilles broyées signalent les ateliers ; l'île de Djerba en restera célèbre à l'époque romaine.
Les ateliers de Carthage produisaient aussi céramique, perles et masques en pâte de verre, bijoux, armes et tissus. Les chantiers navals construisaient en série : chaque pièce portait une lettre de montage.
Deux ports en un
Acheter, vendre, explorer
Comme Tyr avant elle, Carthage vivait du négoce des métaux et des objets de prix.
« Les Puniques ont inventé le commerce. »
Héritiers des Phéniciens, les Carthaginois passaient dans l'Antiquité pour des marins et des marchands hors pair.
Pline, Histoire naturelle, VII — cité par F. Decret (1977)
Les étapes du négoce
Ce qui arrivait à Carthage
D'abord des matières premières — argent, cuivre, étain d'Hispanie et des îles Cassitérides —, ensuite des objets : vases grecs et étrusques, dont le musée du Bardo conserve des vitrines entières, et amulettes égyptiennes.
Ce que vendait Carthage
Verre, spécialité phénicienne, bijoux, céramiques, étoffes teintes de pourpre, placages d'ivoire, d'or ou d'argent. Les tissus, pourtant réputés, ont presque disparu : seuls les amas de murex et les poids de métiers à tisser en gardent la trace.
Caravanes et exploration
Le négoce suivait aussi des pistes caravanières, plus incertaines et plus dangereuses, qui expliquent des établissements en Libye et dans le sud de la Tunisie. Les voyages d'exploration visaient les mêmes buts : minerais — étain, or du Maghreb — et nouveaux débouchés.
La mer nourricière
Pêche, salaisons et sauces de poisson : une industrie que Rome reprendra à grande échelle.
Le garum
Sauce de poissons gras, utilisée en cuisine et comme remède. Ce sont les Phénico-Puniques qui en ont répandu l'usage en Méditerranée ; on la fabriquait en grand dans des installations retrouvées sur plusieurs sites (Krings et Lipinski).
Les salaisons
Poissons salés, conditionnés en amphores, voyageaient avec les autres produits de la mer dans tout le bassin méditerranéen.
Le thon
Les monnaies de Gadès, l'actuelle Cadix, portent des thons : signe du poids de cette pêche dans l'économie de la cité phénicienne.
Le murex
Pêché pour la pourpre, il s’accumule en amas de coquilles broyées près des ateliers de teinture.
Production et commerce du garum se poursuivent largement sous Rome : les fabriques de salaison les mieux conservées, comme celle de Baelo Claudia près de Cadix, datent de l'époque romaine.
Monnaie et finances
Carthage a frappé monnaie tard, mais massivement, surtout pour payer ses armées.

Quart de shekel frappé en Espagne par les Barcides, IIIe s. av. J.-C.

Shekel d'argent : tête de Melqart et éléphant de guerre (British Museum).
Des monnaies pour payer la guerre
Le système fiscal
Carthage vivait des droits de douane sur le commerce, des tributs des territoires soumis — les paysans libyens durent livrer jusqu'à la moitié de leurs récoltes pendant la première guerre punique (Polybe) —, des mines d'Espagne et des taxes agricoles. De quoi financer des armées de mercenaires sans mobiliser tous ses citoyens.

L'agriculture savante
L'agronome carthaginois Magon rédigea un traité d'agriculture en 28 livres. Après la chute de Carthage, le Sénat romain en ordonna la traduction en latin — un honneur rendu à aucun autre livre punique.
Le traité de Magon
28 livres sur les sols, la vigne, l'olivier, l'élevage et la gestion des domaines, cités par Varron, Columelle et Pline.
L'huile d'olive
Carthage produisait et exportait massivement son huile, rivale des productions grecques.
Le vin
Les vins carthaginois étaient réputés, notamment le passum, vin de raisins séchés dont Columelle a conservé la recette de Magon.
L'eau
Citernes, puits et gestion de l'eau pour cultiver une terre semi-aride.

Le domaine africain
Cette mosaïque de l'époque romaine montre un grand domaine de la région de Carthage au fil des saisons : olives, raisins, gibier. Les grands domaines agricoles hérités de l'époque punique ont fait de l'Afrique le grenier de Rome.
L'agriculture carthaginoise
Carthage contre Rome
| Aspect | Carthage | Rome |
|---|---|---|
| Base économique | Commerce maritime et agriculture | Conquête militaire et tributs |
| Armée | Mercenaires et alliés, officiers carthaginois | Citoyens-soldats (légionnaires) |
| Marine | Supériorité navale historique | Flotte bâtie pendant la première guerre pour rivaliser |
| Gouvernement | Oligarchie marchande, deux suffètes élus | République aristocratique, deux consuls |
| Monnaie | Or, argent, bronze, électrum | Bronze, puis denier d’argent (vers 211) |
| Richesse | Issue du commerce | Issue de la conquête |
Pour aller plus loinSources de cette page
12 références
Sources antiques
- Hérodote, HistoiresI, 166 ; IV, 196
- Polybe, HistoiresI, 72 ; III, 22–24
- Strabon, GéographieXVII, 3, 15
- Pline l'Ancien, Histoire naturelleVII ; XXXIII, 97
- Appien, Libyca (Le Livre africain)96
- Columelle, De l'agriculture (De re rustica)XII, 39 — recette du passum, d’après Magon
- Varron, Économie rurale — cite le traité de Magon
- Anonyme, Périple d'Hannon
Travaux modernes
- François Decret, Carthage ou l'empire de la mer, Seuil, 1977
- Véronique Krings (dir.), La civilisation phénicienne et punique, Brill, 1995
- Edward Lipinski (dir.), Dictionnaire de la civilisation phénicienne et punique, Brepols, 1992
- Wikipédia, Carthage ; Civilisation carthaginoise — CC BY-SA 4.0, contenus reformulés