Le cavalier de Carthage
Pendant six ans, il sert Carthage en Hispanie. Sa cavalerie légère harcèle les Romains, et Tite-Live lui prête un rôle dans le désastre des Scipions en 211. Il est encore dans le camp punique à Ilipa.

v. 238 – 148 av. J.-C.
Roi des Numides — allié de Carthage, puis de Rome
Formé à Carthage, il combat d'abord pour elle en Hispanie, passe à Rome en 206, décide de Zama, puis règne plus d'un demi-siècle sur une Numidie unifiée, sédentarisée et tournée vers la Méditerranée. Carthage n'eut pas de voisin plus redoutable.
ans à sa mort, en 148 : il monte encore à cheval sans aide (Polybe)
ans de règne sur la Numidie, de 202 à 148
cavaliers numides à ses côtés à Zama, en 202 (Tite-Live, XXX, 29)
fils, selon une tradition antique : le chiffre varie d'un auteur à l'autre
Massinissa est le fils de Gaïa, roi des Massyles, le peuple numide de l'est, dont le territoire touchait celui de Carthage. À l'ouest régnait Syphax, roi des Masaesyles. Selon Appien, le jeune prince fut instruit à Carthage, comme d'autres fils de l'aristocratie numide : il en connaissait la langue, les usages et les grandes familles.
Cette éducation punique n'a rien d'un détail. Toute sa vie, Massinissa gouverne à la manière d'un souverain méditerranéen, avec le punique comme langue de l'administration et des inscriptions royales — tout en retournant contre Carthage ce qu'il avait appris chez elle.
C'est ainsi que les inscriptions puniques de Dougga écrivent son nom. Grecs et Latins en ont fait Massanassès, Masinissa ou Massinissa. Le sens du nom, parfois rapproché du berbère, reste une hypothèse.
Trois moments, trois alliances : le choix de camp de Massinissa suit toujours les intérêts de son royaume.
Pendant six ans, il sert Carthage en Hispanie. Sa cavalerie légère harcèle les Romains, et Tite-Live lui prête un rôle dans le désastre des Scipions en 211. Il est encore dans le camp punique à Ilipa.
Carthage mise sur Syphax, plus puissant, et scelle l'alliance par le mariage de Sophonisbe, fille d'Hasdrubal fils de Giscon. Évincé, Massinissa n'a plus d'autre carte que Rome. L'épisode de Sophonisbe, en 203, montre jusqu'où allait sa dépendance envers Scipion.
Face à Hannibal, la cavalerie numide, d'ordinaire l'arme de Carthage, combat cette fois pour Rome. Massinissa et Laelius dispersent les cavaliers adverses puis reviennent frapper l'infanterie punique dans le dos.
Plus de cinquante ans de règne : ce que les sources retiennent de la Numidie de Massinissa.

Ancienne place forte de Syphax, Cirta devient le centre du royaume unifié. Des commerçants grecs et italiens s'y installent ; la ville conservera longtemps une culture punique.
Polybe lui attribue d'avoir montré que la Numidie, jugée stérile, pouvait porter toutes les cultures ; il aurait donné à chacun de ses fils de vastes domaines. Les historiens nuancent : l'agriculture numide lui est antérieure, mais il l'a encouragée.
Des bronzes à tête barbue et laurée au droit, cheval au revers, avec des lettres puniques, sont attribués à Massinissa ou à ses successeurs. L'attribution précise des émissions reste discutée.
Il envoie du blé en Grèce ; des statues lui sont dédiées à Délos. L'un de ses fils, Mastanabal, remporte une course de chars aux Panathénées d'Athènes. La cour parle punique et regarde vers le monde hellénistique.
« Son plus grand et plus admirable exploit fut celui-ci : alors que toute la Numidie passait jusque-là pour stérile et incapable de produire des fruits cultivés, il fut le premier et le seul à montrer qu'elle pouvait les produire tous, aussi bien que n'importe quelle autre contrée. »
Le traité de 201 interdit à Carthage toute guerre sans l'accord de Rome et laisse Massinissa réclamer les terres « de ses ancêtres ». Pendant un demi-siècle, il en profite : les Emporia de la petite Syrte, puis la région de Thugga et les Grandes Plaines passent sous son contrôle, et Rome, appelée à arbitrer, lui donne presque toujours raison.
Cette longue pression, jusqu'à la guerre de 150 qui fournit à Rome son prétexte, est racontée en détail sur la page consacrée à la prise de Carthage.
Où repose Massinissa ? Aucun tombeau ne lui est attribué avec certitude.

Massinissa meurt en 148, alors que les légions assiègent Carthage. Il avait eu de nombreux enfants — Tite-Live rapporte qu'il en engendra encore un après quatre-vingt-six ans (Periochae, 50). Scipion Émilien, chargé du règlement, partage le pouvoir entre ses trois fils légitimes : Micipsa reçoit Cirta et le gouvernement, Gulussa la guerre, Mastanabal la justice (Appien, Libyca, 106).
Le culte du roi défunt est attesté : à Dougga, une inscription bilingue, libyque et punique, commémore en 139 la construction d'un sanctuaire dédié à Massinissa, dans la dixième année du règne de Micipsa.

Le mausolée de Dougga portait une inscription bilingue, aujourd'hui au British Museum, qui nomme un certain Ateban, fils d'Iepmatath : on y voit le plus souvent le tombeau d'un prince numide, et l'hypothèse d'un cénotaphe de Massinissa n'est pas établie. Près de Cirta, la Soumâa du Khroub a été proposée comme tombeau de Massinissa ou de Micipsa, là encore sans preuve décisive. Le Medracen, plus ancien, montre que la royauté numide bâtissait déjà de grands tombeaux avant lui.
Massinissa laisse un État numide unifié, puissant et allié de Rome — trop puissant, peut-être, au goût de Rome. Sa descendance et sa mémoire ont traversé les siècles.
Seul roi après la mort de ses frères, il règne jusqu'en 118 depuis Cirta et continue l'œuvre de son père.
Petit-fils de Massinissa par Mastanabal, il tient tête à Rome de 112 à 105 : Salluste en fait le récit.
Figure fondatrice revendiquée par la mémoire nationale algérienne : statues, noms de rues, de villes et d'institutions.
Pour le mouvement amazigh, il incarne un pouvoir nord-africain autonome, antérieur à Rome.
Dougga, Makthar et le Nord-Ouest tunisien faisaient partie de son royaume ; sa figure appartient aussi à l'histoire tunisienne.