L'armée de Carthage
Des officiers carthaginois à la tête de soldats venus de tout l'Occident méditerranéen — et la plus grande flotte de son temps.

Qui combattait pour Carthage ?
Cannes et les guerres puniques →Le Bataillon sacré
Environ 2 500 citoyens de l'élite, lourdement armés, selon Diodore. Les officiers sont carthaginois.
Infanterie libyenne
Le cœur de l'armée : fantassins disciplinés, armés de la lance et du bouclier, rééquipés à Cannes avec les armes prises aux Romains.
Cavalerie numide
Sans selle ni mors, légère et insaisissable : harcèlement, fausses fuites et retours brusques. La meilleure cavalerie de la Méditerranée.

Frondeurs
Entraînés dès l'enfance, ils portaient trois frondes pour tirer à différentes distances (Strabon) et lançaient pierres et balles de plomb.
Ibères, Celtibères, Gaulois
L'épée ibérique — Rome en tira son gladius hispaniensis — et la furie des Gaulois de Cisalpine, ralliés en Italie : le centre du croissant de Cannes.

Éléphants
Arme de choc et de terreur ; 80 à Zama selon Polybe.
En savoir plus →Une armée de contrats et d’alliances
Carthage, cité de marchands peu nombreuse, ne levait pas de grandes armées de citoyens. Elle combinait trois ressources : les Libyens de son territoire africain, astreints au service ; les contingents de rois et chefs alliés, numides surtout ; et des mercenaires engagés contre solde en Hispanie, en Gaule, aux Baléares, en Grèce ou en Campanie.
Les généraux et les officiers étaient carthaginois. Les citoyens servaient surtout dans la flotte et ne prenaient les armes en masse qu’en cas de danger extrême — contre Agathocle en 310, contre Regulus en 256-255, pendant le siège final de 149-146.
Ce système avait sa faiblesse : en 241, les mercenaires revenus de Sicile et mal payés se révoltèrent. La guerre des Mercenaires (241-238) faillit emporter Carthage, avant qu’Hamilcar Barca ne l’écrase.
Xanthippe le Spartiate
Mercenaire spartiate engagé par Carthage alors que le consul Regulus campe devant Tunis. Il réorganise l’armée, fait combattre cavalerie et éléphants en plaine et écrase les légions : Regulus est fait prisonnier, Carthage est sauvée.
L’armée d’Hannibal en chiffres

Maîtres de la mer
Les navires puniques étaient construits en série : les pièces portaient des lettres de montage, comme l'a montré l'épave de Marsala. Rome copia un navire carthaginois échoué pour bâtir sa première flotte.
loges du port circulaire (Appien)
rameurs par quinquérème
navires autorisés après 201
Les navires de Carthage
Flotte de guerre et flotte marchande servaient un même but : tenir les routes du commerce (Lancel).

Galères et navires phéniciens, dessinés d'après un relief assyrien de Ninive : Carthage hérite de ce savoir-faire naval.
La trirème
Trois niveaux de rameurs superposés et un éperon à la proue : le navire de ligne classique, avec environ 200 hommes à bord, dont quelque 170 rameurs.
Lancel, Carthage, 1992
La quadrirème
Quatre rameurs par section de nage, pour un navire plus lourd et plus stable. Pline, citant Aristote, en attribue l'invention aux Carthaginois.
Pline, Histoire naturelle, VII, 207
La quinquérème
Née à Syracuse vers 399 sous Denys l'Ancien, elle devient le vaisseau de ligne des guerres contre Rome : environ 300 rameurs et 120 soldats de marine, selon Polybe.
Diodore, XIV, 41-42 · Polybe, I, 26
Les gauloi
Les Grecs appelaient gaulos le navire rond des Phéniciens : coque large, voile carrée, peu de rames. Ces cargos transportaient aussi vivres et matériel pour les flottes de guerre.
Hérodote, III, 136
Les hippoi
Des bateaux à proue sculptée en tête de cheval — d'où leur nom grec, « chevaux ». Selon Strabon, les pêcheurs modestes de Gadès s'en servaient pour pêcher le long de la Maurétanie, jusqu'au fleuve Lixus.
Strabon, Géographie, II, 3, 4
Les périples
L'île interdite
Loin au-delà des Colonnes d'Hercule, des Carthaginois auraient trouvé une île déserte, boisée, fertile et traversée de rivières navigables. Beaucoup la fréquentèrent, certains s'y fixèrent. Redoutant qu'elle n'attire les étrangers et n'échappe à la cité, les dirigeants auraient interdit d'y naviguer sous peine de mort et supprimé ceux qui y vivaient, pour que nul n'en parle. Récit invérifiable, il dit surtout la réputation de secret des marins puniques.
Source : De mirabilibus auscultationibus, 84 — recueil attribué à tort à Aristote
Qui commandait ?
Équipements et unités
Techniques et manœuvres
Les tactiques en détail →Phalange et camps
Carthage emprunte au monde grec et macédonien l'ordre en phalange, la disposition de l'armée en campagne et l'organisation des camps (Dridi).
Cavalerie et enveloppement
La cavalerie devient une arme décisive ; l'adversaire est enveloppé à Cannes (216) ; l'embuscade du lac Trasimène (217) compense l'infériorité numérique.
L'art du siège
Tours de siège, béliers, balistes et catapultes : en 409, l'armée d'Hannibal le Magonide prend Sélinonte à l'aide de hautes tours mobiles et de béliers (Diodore, XIII, 54).
Éperonner, percer, déborder
Héritage militaire
Chaque peuple à sa place
Cavaliers numides pour la poursuite, frondeurs baléares pour le tir, Libyens et Ibères pour la ligne : Hannibal fit de cette diversité un instrument tactique.
Le modèle de l’enveloppement
Le double enveloppement de 216 est étudié dans les écoles militaires jusqu'à l'époque moderne ; Schlieffen en fit le cœur de sa doctrine.
Seize ans sans mutinerie
Selon Polybe, l'armée multinationale d'Hannibal ne se mutina jamais pendant seize ans de guerre en Italie, malgré les privations.
Voir la campagne sur la carte animée
Pour aller plus loinSources de cette page
14 références
Sources antiques
- Polybe, HistoiresI, 26 ; I, 49–51 — quinquérèmes, Drépane, effectifs de l'armée d'Hannibal, éléphants de Zama
- Diodore de Sicile, Bibliothèque historiqueXIII, 54 ; XIV, 41–42 ; XXV, 8 — Bataillon sacré, siège de Sélinonte, quinquérème, désignation des généraux
- Appien, Libyca — les 220 loges du port circulaire
- Strabon, GéographieII, 3, 4 — frondeurs baléares, hippoi de Gadès
- Pline l'Ancien, Histoire naturelleVII, 207 — quadrirème ; voyage d’Himilcon
- Hérodote, HistoiresIII, 136 ; IV, 42 — gauloi ; circumnavigation de l’Afrique
- Aviénus, Ora maritima — voyage d’Himilcon
- Pseudo-Aristote, De mirabilibus auscultationibus84 — l'île interdite
Travaux modernes
- Serge Lancel, Carthage, Fayard, 1992
- Hédi Dridi, Carthage et le monde punique, Les Belles Lettres, 2006
- Khaled Melliti, Carthage, Perrin, 2023
- Madeleine Hours-Miédan, Carthage, PUF, 1982 — sur le Périple d’Hannon
- Philippe Leveau — cité dans la page (hypothèse sur la race des éléphants)
- Wikipédia, Carthage ; Civilisation carthaginoise — CC BY-SA 4.0, contenus reformulés