Carthage · Art et artisanat

Art et artisanat puniques

Les Grecs raillaient les « bibelots » phéniciens. Les fouilles montrent autre chose : des ateliers spécialisés, qui mêlent modèles orientaux, égyptiens et grecs à des goûts africains.

VIIIe – IIe s. av. J.-C.Pierre · argile · verre · or
Masque punique grimaçant en terre cuite
Masque grimaçant, terre cuite, musée national du Bardo
Cabinet de curiosités

L'atelier punique en douze objets

L'essentiel vient des nécropoles, fouillées depuis le XIXe siècle : le mobilier des tombes révèle un artisanat abondant et varié (Amadasi Guzzo).

12 objets affichés

Stèle punique gravée du signe de Tanit
Pierre

Stèles et cippes

Taillées d'abord dans le grès, puis dans le calcaire, elles se couvrent de motifs d'influence grecque. Le « signe de Tanit » s'y répand à partir des Ve–IVe s. ; on le croyait propre à l'Occident, on le retrouve aujourd'hui au Levant.

Matière
Grès, puis calcaire
Époque
VIIIe – IIe s. av. J.-C.
Usage
Votif (tophet) et funéraire
Où le voir
Carthage, Bardo, Louvre
Terre cuite

Masques grimaçants

Rides creusées, bouche tordue, parfois motifs géométriques : ces masques d'origine sans doute levantine étaient suspendus pour éloigner les démons.

Matière
Terre cuite
Époque
Fin VIIe – VIe s. av. J.-C.
Usage
Apotropaïque (protection)
Où le voir
Bardo, Louvre, Motyé
Parure

Bijoux

Colliers lourds et chargés, bagues, anneaux d'oreille et de nez (nezem), étuis porte-amulettes : un luxe hérité de l'Orient, dont se moquaient les auteurs classiques.

Matière
Or, argent, pierres dures
Époque
Toute la période punique
Usage
Parure et protection
Où le voir
Carthage, Bardo
Quart de shekel carthaginois, tête de Tanit et cheval
Métal, os, ivoire

Monnaies

Longtemps, on échange par lingots ou troc. Les premières monnaies sont frappées en Sicile (Motyé, Palerme) pour payer les mercenaires ; Carthage n'ouvre ses ateliers qu'au milieu du IVe s. Types : tête féminine inspirée des monnaies syracusaines d'Évainète, cheval, palmier (Dridi).

Matière
Or, électrum, argent, bronze
Époque
Vers 480/430 – 146 av. J.-C.
Usage
Solde, commerce, identité civique
Où le voir
British Museum, Carthage, Bardo
Pierre

Sarcophages

Le modèle anthropoïde phénicien évolue en Occident. Au IVe s., le couvercle porte la statue du défunt : le « prêtre » bénit de la main droite, la « prêtresse » tient une colombe ; tous deux portent un vase à encens.

Matière
Marbre et calcaire sculptés
Époque
IVe – IIIe s. av. J.-C.
Usage
Funéraire (nécropole des Rabs)
Où le voir
Carthage, Louvre, Palerme
Baal Hammon trônant, terre cuite de Thinissut
Terre cuite

Protomés et figurines

Bustes moulés de style égyptien, puis grec dès le VIe s., figurines au tambourin : la coroplathie s'étend de l'Afrique aux Baléares. Elle survit à la chute de Carthage, comme au sanctuaire de Thinissut (cap Bon).

Matière
Terre cuite moulée
Époque
VIe s. av. – Ier s. apr. J.-C.
Usage
Religieux et funéraire
Où le voir
Bardo, Louvre, Ibiza
Parure

Pendentifs-masques en verre

Pline rapporte que les Phéniciens auraient inventé le verre ; ils l'ont surtout diffusé à grande échelle. Signature punique : de minuscules têtes humaines en pâte de verre colorée dans la masse, enfilées sur des colliers de perles.

Matière
Pâte de verre
Époque
Surtout IVe – IIIe s. av. J.-C.
Usage
Amulette, parure ; flacons à parfum
Où le voir
Louvre, Bardo, Carthage
Métal, os, ivoire

Rasoirs

Fréquents dans les tombes après le VIIe s., ils sont liés à la purification du défunt et ont une valeur talismanique (Lancel). Dès le Ve s., on les grave de motifs égyptiens ou égéens, parfois sur les deux faces.

Matière
Bronze, parfois fer
Époque
VIIe – IIe s. av. J.-C.
Usage
Rituel, talismanique
Où le voir
Madrid (Ibiza), Carthage
Terre cuite

Céramiques et lampes

Vaisselle de cuisine, lampes à huile aux formes standardisées, biberons, « moules à gâteaux » (Lancel), et même la maquette d'un four à pain de type tabouna trouvée dans une tombe.

Matière
Argile
Époque
Toute la période ; imitations grecques dès le IIIe s.
Usage
Vie quotidienne, mobilier funéraire
Où le voir
Carthage, Bardo, Palerme
Parure

Amulettes

Surtout dans les tombes de femmes et d'enfants. Importées d'Égypte ou faites sur place, elles figurent Bès, Horus ou l'œil oudjat.

Matière
Os, pâte de verre, pierre
Époque
Toute la période punique
Usage
Protection magique du défunt
Où le voir
Bardo, Carthage
Parure

Bagues-sceaux et scarabées

Chatons en scarabée gravés en intaille, souvent importés d'ateliers égyptiens ou phéniciens. Après le milieu du IVe s., des gravures sur pâte de verre, plus modestes, pourraient signaler une production locale.

Matière
Cornaline, agate, jaspe, onyx
Époque
Toute la période ; déclin après 350 av. J.-C.
Usage
Sceau, talisman
Où le voir
Musée national de Carthage
Métal, os, ivoire

Ivoires et os gravés

Petites plaques sculptées d'inspiration orientale ou égyptienne ; l'os remplace souvent l'ivoire, plus coûteux. De l'ivoire brut retrouvé sur les mêmes sites suggère des ateliers locaux.

Matière
Ivoire, os
Époque
VIIIe – IVe s. av. J.-C.
Usage
Placage de meubles, coffrets
Où le voir
Musées de Méditerranée occidentale
Architecture

Maisons, sols et tombeaux

Peu de monuments puniques tiennent encore debout : l'essentiel se lit au ras du sol, à Kerkouane et sur les pentes de Byrsa.

Maisons puniques de Kerkouane, cap Bon
Kerkouane, cap Bon (UNESCO)
Kerkouane

La ville en damier

Rues larges, îlots réguliers : Kerkouane, comme les quartiers « Magon » et « Hannibal » de Carthage, suit un plan orthogonal. Chaque maison s'ordonne autour d'une cour et possède sa citerne — l'eau est affaire privée.

On y a retrouvé de nombreuses baignoires-sabots. Certaines demeures sont plus riches, comme la maison à péristyle de la rue de l'Apotropaion. Pour M'hamed Hassine Fantar, c'est un modèle oriental adapté au substrat libyen.

Fin IVe – début IIIe s. av. J.-C.CiternesBaignoires-sabots
Carthage, quartier Hannibal

Des maisons à étages

Sur le flanc de Byrsa, une entrée étroite ouvre sur un long couloir menant à une cour munie d'un puisard. À l'avant, une pièce servait peut-être de boutique ; un escalier montait à l'étage.

Appien parle d'immeubles de six étages. L'archéologie confirme plusieurs niveaux, mais pas leur nombre.

Vestiges du quartier punique de Byrsa, Carthage
Quartier punique de Byrsa, IIe s. av. J.-C.
Pavimentum punicum

Le signe de Tanit au sol

Des éclats de pierre et de marbre noyés dans un mortier rouge : ces sols, trouvés à Kerkouane et sur le flanc sud de Byrsa, portent parfois le signe de Tanit.

Datés du IIIe s. av. J.-C., ils obligent à nuancer l'idée d'une mosaïque née en Grèce.

Un art métissé

Égypte, Grèce, Afrique

ÉgyptePour les périodes anciennes : corniche à gorge, façades de temples miniatures avec disque solaire et uræus sur les stèles (Lancel).
GrècePlus tard : colonnes de grès d'El Haouaria moulurées et stuquées, ordre ionique (naïskos de Thuburbo Majus, au Bardo) et dorique (Byrsa).
AfriqueL'opus africanum — murs à chaînages de pierres dressées — apparaît à Kerkouane et survit à l'époque romaine, jusqu'au Capitole de Dougga.
Nécropole punique du Puig des Molins, Ibiza
Nécropole du Puig des Molins, Ibiza
Architecture funéraire

Les nécropoles

OùEn arc de cercle autour de la ville : leur tracé a permis de retrouver les limites de la Carthage punique (Picard).
TombesCreusées dans la roche : puits simple, puits à chambres superposées, ou escalier descendant vers le puits.
RiteL'inhumation domine ; l'incinération l'emporte à certaines périodes, comme l'a montré le Puig des Molins.
MobilierPoteries, bijoux, amulettes, ocre rouge (le sang, la vie), œufs d'autruche peints (la renaissance), meubles miniatures en argile.
DécorTombes peintes du djebel Mlezza (cap Bon) ; à Kerkouane, un sarcophage de bois exceptionnellement conservé.

« Pour ce peuple de marins, la Cité céleste était le dernier port où aborder. »

François Decret, Carthage ou l’empire de la mer (1977)
Musées

Où voir l'art punique

Les grandes collections sont à Tunis et à Carthage ; d'autres sont dispersées de Londres à Madrid, au gré des fouilles et des achats du XIXe siècle.

« Dame de Carthage », mosaïque de l'Antiquité tardive
Carthage, colline de Byrsa

Musée national de Carthage

Sarcophages du prêtre et de la prêtresse, bijoux, lampes, verrerie, maquette de four tabouna — à deux pas du quartier punique. (Image : la « Dame de Carthage », mosaïque bien postérieure, d'époque tardive.)

Déesse à tête de lion de Thinissut, terre cuite
Tunis

Musée national du Bardo

Département punique : stèles du tophet, masque grimaçant de la fin du VIe s., statuettes de Thinissut (Baal Hammon, déesse léontocéphale), amulettes et bijoux, naïskos de Thuburbo Majus.

Cap Bon

Site et musée de Kerkouane

La ville punique elle-même, et un petit musée qui en présente le mobilier : céramiques, parures, objets des nécropoles.

Paris

Musée du Louvre

Antiquités orientales : masque de Carthage (fin VIIe – début VIe s.), protomés égyptisantes, sarcophages des Rabs, tête barbue en pâte de verre, stèles au signe de Tanit.

Londres

British Museum

L'inscription bilingue libyque-punique du mausolée de Dougga et une riche série de monnaies carthaginoises, dont les shekels barcides à l'éléphant.

Ailleurs en Méditerranée

Espagne, Sicile, Sardaigne

MadridMusée archéologique national : Dame de Galera, rasoirs de bronze du Puig des Molins.
IbizaMusée et nécropole du Puig des Molins : figurines, flacons à onguent, tombes à puits.
PalermeMusée Antonino-Salinas : sarcophage anthropoïde du Ve s., lampes puniques.
MotyéMusée Whitaker : masques grimaçants de l'île punique de Sicile.
CagliariMusée archéologique national : la stèle de Nora, l'une des plus anciennes inscriptions phéniciennes d'Occident.