Hannibal
Translittération :Ḥnbʿl
« Grâce de Baal », « Baal a fait grâce »
Nom très courant dans les inscriptions, bien avant le fils d'Hamilcar Barca.
Que mangeait-on, comment s'habillait-on, comment appelait-on ses enfants ? Les réponses tiennent en fragments : des maisons arasées, le mobilier des tombes, des milliers d'inscriptions brèves, et le regard, souvent moqueur, des Grecs et des Romains.

Kerkouane, abandonnée vers le milieu du IIIe s. av. J.-C. et jamais rebâtie, et les quartiers puniques de Byrsa montrent les maisons ; les nécropoles livrent la vaisselle, les bijoux, les jouets.
Des milliers de stèles votives, surtout du tophet, donnent des noms, des métiers, des généalogies, parfois une date. Elles sont brèves et presque toutes religieuses.
Caton, Plaute, Platon, Tite-Live ou Justin parlent de Carthage de l'extérieur, souvent en adversaires. On les cite, en gardant la distance critique.
Les maisons puniques ne subsistent qu'au ras du sol, mais elles racontent la vie de famille : l'eau, l'hygiène, l'intimité.

Aucun livre de cuisine punique ne nous est parvenu. On reconstitue les repas par les restes des fouilles, les ustensiles, et quelques textes latins.
Mettre l'alica dans l'eau et la laisser bien s'imbiber.
La verser dans un bassin propre.
Ajouter le fromage frais, le miel et l’œuf ; bien mélanger le tout.
Transvaser dans un pot neuf, et cuire.
Caton ne donne ni durée ni température : une livre romaine pèse environ 327 g.
« Pultem punicam sic coquito. Libram alicae in aquam indito, facito uti bene madeat… »
« Fais cuire la bouillie punique ainsi. Mets une livre d’alica dans l’eau, fais qu’elle soit bien trempée… »
Caton l’Ancien, De agricultura, 85 (milieu du IIe s. av. J.-C.)
Attention : c'est une recette romaine « à la punique ». Elle dit ce que les Romains associaient à Carthage, pas forcément ce que les Carthaginois mangeaient chaque jour. La bouillie de céréales était d'ailleurs aussi le plat de base des Romains.
Blé et orge forment la base des repas, en galettes, pains et bouillies. Une maquette de four en terre cuite, du type du tabouna encore utilisé en Tunisie, a été trouvée dans une tombe de Carthage.
Thon, poissons séchés ou salés, coquillages ; et le garum, sauce de poisson fermenté dont le monde punique a répandu l'usage autour de la Méditerranée.
Figues, raisins, olives, amandes ; la grenade, que les Romains appelaient « pomme punique » (malum punicum, Pline l'Ancien, livre XIII) ; les dattes du palmier, emblème qui orne les monnaies de Carthage.
Magon donnait la recette de ce vin de raisins séchés au soleil puis macérés dans du moût ; l'agronome romain Columelle l'a recopiée (De re rustica, XII, 39).
Selon Platon, une loi carthaginoise interdisait le vin aux soldats en campagne, aux magistrats pendant leur année de charge, aux pilotes et aux juges en service.
Pour montrer que l'ennemi n'était qu'à trois jours de mer, Caton aurait brandi au Sénat une figue fraîche cueillie à Carthage (Pline l'Ancien, XV, 74-76).
Lire l’anecdote →Justin (XIX, 1) prête au roi perse Darius l'ordre d'interdire aux Carthaginois de manger du chien. L'anecdote, isolée et tardive, reste invérifiable.
Aucun vêtement punique n'a survécu. On les connaît par les stèles, les terres cuites, les sarcophages — et par les railleries des étrangers.


Pour les Grecs et les Romains, les Phéniciens sont des marchands raffinés, parfumés, couverts de bijoux, donc peu virils. Plaute en tire des effets comiques : robe longue, pas de ceinture, serviteurs aux oreilles percées d'anneaux.
Ces signes étaient ordinaires au Proche-Orient et ne disent rien d'un manque de rigueur. Tite-Live lui-même décrit Hannibal sobre, dormant à même le sol dans son manteau de soldat, vêtu comme ses égaux.
Plaute, Poenulus, v. 975 et suiv. · Tite-Live, XXI, 4
La plupart des noms carthaginois sont de courtes phrases qui invoquent un dieu. Écrits sans voyelles, de droite à gauche, ils nous arrivent souvent déformés par le grec et le latin.
Translittération :Ḥnbʿl
« Grâce de Baal », « Baal a fait grâce »
Nom très courant dans les inscriptions, bien avant le fils d'Hamilcar Barca.
Translittération :ʿzrbʿl
« Baal est mon aide »
Porté par le gendre et par un fils d'Hamilcar, et par le dernier chef de Carthage en 146.
Translittération :Ḥmlqrt
« Frère de Melqart »
Lecture la plus courante (ʾḥ-mlqrt) : le nom rattache son porteur au dieu de Tyr.
Translittération :Bdmlqrt
« Dans la main de Melqart »
C'est-à-dire sous sa protection. Porté par un général qui tenta de s'emparer du pouvoir en 308 av. J.-C. (Diodore, XX, 44).
Translittération :Ḥmlkt
« Frère de la Reine » (?)
Milkat, « la Reine », serait un titre divin ; l'interprétation reste discutée. Nom du navigateur de l'Atlantique (Pline, II, 169).
Translittération :Mgn
« Don » (des dieux)
Sans doute de la racine mgn, « donner ». Nom de l'agronome et du plus jeune frère d'Hannibal.
Translittération :Ḥnʾ
« Grâce, faveur »
Forme abrégée d'un nom en ḥn-, dont le dieu est sous-entendu. Nom du navigateur du Périple et d'Hannon le Grand.
Translittération :ʾdrbʿl
« Baal est puissant »
Porté par l'amiral qui battit la flotte romaine à Drépane en 249 av. J.-C. (Polybe, I, 49-51).
Translittération :ʿbdmlqrt
« Serviteur de Melqart »
Les noms en ʿbd-, « serviteur de », suivis d'un nom divin, figurent parmi les plus fréquents sur les stèles.
Translittération :ʾmtmlqrt
« Servante de Melqart »
Pendant féminin, attesté sur les stèles votives de Carthage, où des femmes font des offrandes en leur propre nom.
Translittération :Ṣpnbʿl
« Baal a protégé »
Forme grecque et latine d'un nom punique restitué Ṣapanbaʿal : lecture probable, non certaine.
Translittération :ʾlšt
Sens inconnu
Transcription grecque d'un nom phénicien restitué ʾlšt ; son sens, comme celui de Didon, reste débattu.
Un nom punique combine un nom divin et un mot ou un verbe. Dans les inscriptions, chacun est suivi de sa filiation, parfois sur plusieurs générations (« X fils de Y fils de Z ») ; les mêmes noms reviennent souvent du grand-père au petit-fils, d'où tant d'Hannibal et d'Hasdrubal.
L'alphabet phénicienLe calendrier punique n'est connu que par bribes : quelques noms de mois, quelques fêtes, surtout à travers des inscriptions et des auteurs grecs.
Le mot yrḥ désigne à la fois la lune et le mois. À Carthage, on datait les années par les noms des deux suffètes en charge. Voici des mois attestés dans les inscriptions phéniciennes et puniques ; leur ordre dans l'année reste reconstitué.
À Tyr, le roi Hiram aurait institué le « réveil » (en grec égersis) d'Héraclès-Melqart (Ménandre d'Éphèse, cité par Flavius Josèphe, Antiquités juives, VIII, 146). Des inscriptions puniques mentionnent un titre de prêtre, « ressusciteur du dieu » (mqm ʾlm), qu'on rattache à ce rite ; son déroulement reste inconnu.
Chaque année, Carthage envoyait à Tyr une ambassade chargée d'offrandes pour Melqart : des envoyés carthaginois s'y trouvaient pendant le siège d'Alexandre, en 332 (Arrien, Anabase, II, 24).
Les tombes d'enfants et les figurines de terre cuite donnent un aperçu, bien partiel, des loisirs et de l'éducation.

Nécropoles hors les murs, tombes à puits, mobilier funéraire, stèles du tophet : les rites de la mort sont traités avec la religion, et l'architecture des tombes avec l'art punique.