
Trop riche pour Rome
Vaincue deux fois, Carthage se relevait toujours. C'est sa prospérité, bien plus que ses armes, qui a fini par obséder Rome.
habitants à la veille de 149 selon Strabon — un chiffre sans doute exagéré
d'argent par jour (≈ 100 kg) : le rendement du puits Baebelo pour Hannibal, selon Pline l'Ancien
talents d'indemnité imposés en 201 av. J.-C., sur 50 ans (≈ 260 tonnes d'argent)
plus tard, Carthage propose de tout rembourser d'un coup
L'engrenage, des Égades à 146
- 241
La première facture
Vaincue aux îles Égades, Carthage perd la Sicile. Le traité prévoyait 2 200 talents en vingt ans ; le peuple romain l'alourdit à 3 200 talents en dix ans (Polybe).
- 237
Le rapt de la Sardaigne
Profitant de la guerre des Mercenaires, Rome s'empare de la Sardaigne et exige 1 200 talents de plus sous menace de guerre. Polybe lui-même juge le procédé injuste.
- 201
Une paix pour ruiner Carthage
Après Zama : flotte réduite à 10 navires, éléphants livrés, 100 otages, interdiction de faire la guerre sans l'accord de Rome, et 10 000 talents d'argent à verser pendant 50 ans.
- 196
Hannibal suffète
Élu premier magistrat, il s'attaque à la corruption de l'oligarchie et montre que les revenus publics suffisent à payer Rome sans nouvel impôt (Tite-Live). Ses ennemis le dénoncent à Rome ; il s'exile en 195.
- 191
« Nous pouvons tout payer »
Selon Tite-Live, Carthage offre de solder toute l'indemnité restante en une fois. Rome refuse : la dette était aussi une laisse.
- ~150
Les figues de Caton
Revenu d'une ambassade en Afrique, Caton laisse tomber au Sénat des figues encore fraîches : la terre qui les porte, dit-il, n'est qu'à trois jours de mer (Plutarque, Pline). La rivale est prospère, et tout près. Il conclut désormais chaque discours en réclamant la destruction de Carthage.
- 151–150
Le prétexte numide
La dernière annuité de l'indemnité est versée. Harcelée par Massinissa, Carthage lève une armée pour se défendre sans l'accord de Rome — ce qui viole le traité de 201 et offre le casus belli.
- 149
L'ultimatum
Selon Appien, Carthage livre 300 enfants en otages, puis 200 000 armures et 2 000 catapultes… avant que Rome n'exige qu'elle abandonne la ville pour s'installer à 80 stades (≈ 15 km) de la mer. Refus : la cité résiste trois ans, jusqu'en 146.
Pourquoi tant d’acharnement ?
Les sources antiques avancent elles-mêmes plusieurs raisons — toutes romaines.
« Carthage doit être détruite »
Ceterum censeo Carthaginem esse delendam.
Plutarque rapporte que Caton concluait tous ses avis par cette exigence ; la formule latine célèbre est une reconstitution plus tardive. « Carthago delenda est » en est la version courte.
La peur utile
Au Sénat, Nasica répliquait qu'il fallait conserver Carthage : la crainte de la rivale (le metus Punicus) maintenait la discipline romaine. Salluste datera plus tard de sa disparition le début de la décadence de Rome.
La cité la plus riche du monde
Témoin du siège, Polybe la dit réputée la plus riche du monde. Après 146, le Sénat fait même traduire en latin le traité d'agronomie de Magon : Rome détruit la rivale mais garde son savoir.
Deux modèles face à face
| Carthage | Rome | |
|---|---|---|
| Richesse | Issue du commerce maritime et de l’agriculture | Issue de la conquête et des tributs |
| Armée | Mercenaires professionnels | Citoyens-soldats (légionnaires) |
| Marine | Supériorité navale historique | Flotte construite pendant la première guerre punique |
| Gouvernement | Suffètes, oligarchie marchande | Consuls, aristocratie |
| Monnaie | Électrum, or, argent, bronze | Denier d’argent |

À lire aussi
Une puissance marchande
Commerce, agriculture, monnaie : les sources de la richesse carthaginoise.
La prise de Carthage
Ce que Rome a fait, et ce qu'elle a prétendu avoir fait.
L'histoire des vainqueurs
Carthage racontée par ses ennemis : lire les sources avec prudence.