Garder l'enfant à Carthage
Hasdrubal le Beau réclame le jeune Hannibal. Hannon veut qu'il grandisse sous les lois de la cité, et non dans un camp où il apprendrait à commander en maître.
Tite-Live, XXI, 3

Actif v. 247 – fin du IIIe s. av. J.-C.
L'homme de l'Afrique contre les Barca
Conquérant de l'arrière-pays libyen, général malheureux de la guerre des Mercenaires, rival d'Hamilcar puis adversaire déclaré d'Hannibal : Hannon incarne, pour les Anciens, la Carthage des grands propriétaires, qui voulait la paix avec Rome.
prise d'Hécatompyle, dans l'arrière-pays libyen (Diodore)
otages pris à Hécatompyle, et la ville épargnée (Diodore, XXIV, 10)
éléphants dans son armée devant Utique, en 240 (Polybe, I, 74)
sénateurs envoyés pour le réconcilier avec Hamilcar (Polybe, I, 87)
On ignore sa famille, sa date de naissance et celle de sa mort. Hannon apparaît dans les sources vers 247, comme général des Carthaginois en Afrique, et disparaît après la deuxième guerre punique. Le surnom « le Grand » sert à le distinguer de ses nombreux homonymes ; les textes le nomment le plus souvent simplement Hannon.
Pour Polybe comme pour Tite-Live, il est la figure de proue d'une faction : celle des grands propriétaires de la chôra africaine, attachés à l'exploitation des terres et hostiles aux aventures lointaines des Barcides. Le site décrit ces rivalités sur la page des institutions.
Au IIIe siècle, deux visions s'affrontent au Sénat ; les sources les incarnent en deux hommes.
Étendre et exploiter le territoire libyen, source des revenus de l'aristocratie foncière ; éviter une nouvelle guerre avec Rome. Polybe rappelle la dureté de cette politique : pendant la première guerre punique, on exigea des paysans libyens la moitié de leurs récoltes (I, 72) — ce qui explique leur ralliement aux mercenaires.
Compenser la perte de la Sicile par un empire en Hispanie, riche en argent et en soldats, et préparer la revanche. Polybe (III, 8), rapportant l'avis de Fabius Pictor, décrit les Barcides s'appuyant sur la faveur du peuple ; M. Sznycer écarte l'idée d'une monarchie à l'hellénistique.
Premier général chargé de la guerre, Hannon est un bon organisateur, reconnaît Polybe, mais un piètre chef en campagne : il sait rassembler une armée, pas saisir l'occasion. Son échec ouvre la voie à Hamilcar.
Il vient demander aux soldats de renoncer à une partie de leur solde. Le malentendu tourne à la révolte ouverte.
Victorieux au premier choc grâce aux éléphants, il rentre en ville sans poursuivre ; les rebelles reviennent et s'emparent de son matériel.
Sa rivalité avec Hamilcar paralyse le commandement : l'armée tranche en faveur d'Hamilcar (Polybe, I, 82).
Réconcilié par une commission du Sénat, il combat aux côtés d'Hamilcar la dernière armée de Mathos, battue et capturée.
Et aequum postulare videtur Hasdrubal, et ego tamen non censeo quod petit tribuendum. […] Vereor ne quandoque parvus hic ignis incendium ingens exsuscitet.
« La demande d'Hasdrubal semble juste, et pourtant je ne suis pas d'avis de lui accorder ce qu'il demande. […] Je crains qu'un jour cette petite étincelle n'allume un immense incendie. »
Trois discours rapportés par Tite-Live : ils disent moins ce que dit Hannon que ce que Rome voulait entendre.
Hasdrubal le Beau réclame le jeune Hannibal. Hannon veut qu'il grandisse sous les lois de la cité, et non dans un camp où il apprendrait à commander en maître.
Tite-Live, XXI, 3
Après Sagonte, il rappelle la paix jurée, prédit une guerre ruineuse et propose de livrer Hannibal aux ambassadeurs romains. Le Sénat choisit la guerre.
Tite-Live, XXI, 10
Devant les anneaux d'or apportés par Magon, il demande quel peuple latin a fait défection : aucun. Rome n'a pas plié ; c'est le moment de traiter.
Tite-Live, XXIII, 12–13
Tite-Live est hostile à Hannibal : il fait d'Hannon la voix de la raison, celle qui avait tout prévu. Ces discours sont des reconstructions littéraires, écrites deux siècles plus tard, et non des procès-verbaux.
Polybe, plus proche des faits, est sévère pour le général Hannon. Et l'opposition tranchée entre un « parti d'Hannon » et un « parti barcide » simplifie sans doute un jeu politique fait d'alliances changeantes.
En quittant l'Italie en 203, Hannibal désigne Hannon parmi ceux qui l'ont privé de renforts. Après Zama (202), la faction favorable à la paix l'emporte, et le traité de 201 est accepté.
Hannon, alors âgé, disparaît des sources. D'autres Hannon apparaissent dans les récits des années 204–201 et 150–149 : rien ne permet d'affirmer qu'il s'agit du même homme.